WanWan, orpheline, et les 8 trésors de Chine


Adoption en ChineD’après le rapport de l’orphelinat, elle n’a que quatre mois. Selon la docteure qui l’examine, elle en aurait peut-être cinq ou presque six. ‘Elle est en pleine forme cette petite. Très mature pour son âge, très éveillée. Êtes-vous sûre de son âge? Attendez, laissez-moi regarder à nouveau dans le dossier que vous m’avez apporté’ dit la docteure chinoise, s’exprimant dans un anglais américain parfait: cette femme, c’était sans doute une ‘banane’. C’est ce qu’on dit de ces Chinois (jaune de l’extérieur) qui ont grandi en Europe ou en Amérique parmi les caucasiens et donc qui ont fini par être ‘blanc’ de l’intérieur, qui reviennent et qui parlent à peine leur propre langue. WanWan tenait dans mes bras, agitée tout en gazouillant. L’infirmière m’appelle ‘Mommy’ en disant ‘put the baby on the table here Mommy’, ‘Mommy please hold her head while we measure her body’, ‘if she has fever after the shots, you give her Tylenol… ok Mommy?’ J’étais présente avec la petite WanWan, mais la situation dans laquelle je me trouvais me faisait un drôle d’effet. J’étais en train de faire une prise de conscience importante.

Il faut dire que WanWan, ce n’est pas ma fille, mais une orpheline que j’héberge depuis quelques semaines. L’occasion s’est présentée à la suite de bénévolat que je fais pour une fondation, financée par les fonds privés chinois, qui permet de donner les soins médicaux nécessaires aux orphelins. Ceux-ci ont tous été abandonnés parce que leurs parents ne pouvaient subvenir aux besoins en chirurgie de leur nouveau-né, aux prises avec une malformation. On y voit surtout des cas de spina bifuda, bec de lièvre et des problèmes cardiaques entre autres.

‘Vous savez qu’on lui a retiré un rein’ me demande la médecin?’. ‘La tumeur était invasive d’après le rapport, mais je dois demander à mes collègues, car il y a des caractères chinois que je ne comprends pas’. ‘Oui, je sais’ ai-je répondu. ‘Mais je ne sais pas quel est le suivi qu’elle doit avoir par la suite, on ne m’a envoyé que faire faire des vaccins aujourd’hui’. Évidemment, la question a tout de suite été posée par le médecin: ‘Avez-vous l’intention de l’adopter?’ Cette question, j’ai dû y faire face depuis le jour un, celui où je suis allée la chercher pour l’héberger pendant dix jours…ça en fait maintenant 20 qu’elle est avec moi. Mon intention était de me rendre utile.Je voulais aussi trouver ma réponse: est-ce bien vrai que je veux devenir maman? Jamais je n’aurais pensé tomber en amour, littéralement, de cette petite ni que ce soit réciproque.

Alors s’en est suivi toute une série de rencontres, de recherches, de prises de conscience. D’abord, le groupe Shanghai Mama est d’un support extraordinaire, permettant de s’improviser des ‘baby party’, de l’échange de matériel pour bébé, même d’avoir accès à un ‘surplus de stock’ de lait maternel! Et puis de là découlent les connexions avec des parents adoptants entre autres…Tandis qu’à chaque jour je promène ma chienne Song Song avec le bébé sur moi, dans son kangourou, je me fais arrêter et on me demande si c’est ma fille, ce à quoi je répond non, même si honnêtement, j’aimerais tellement qu’elle le soit. Mais, la route est parsemée d’embûches majeures, voire critiques. Insurmontables, je ne sais pas?

Adopter de l’intérieur de la Chine n’est pas plus facile que de l’extérieur, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Les critères que doivent rencontrer les parents adoptants ou monoparental sont les mêmes. On doit notamment se conformer à la Convention de La Haye qui stipule entre autres qu’il faut avoir un intermédiaire, soit une agence d’adoption, ce qui implique beaucoup de paperasse, de bureaucratie, de délais..on parle de cinq ans d’attente et plus. Même si la fondation m’a dit d’emblée que je peux garder la petite jusqu’à ce qu’elle soit adoptée par des parents qui ont fait leur demande il y a quelques années et qui sont sur le point de voir arriver leur tour, je ne suis pas certaine du temps que je dois le faire…

L’autre obstacle majeur, voir critique, c’est l’état de santé de WanWan. Cette petite héroïne a déjà, en quelques mois de vie, survécu à un abandon et une opération majeure qui l’a laissée avec un seul rein. Son état de santé, bien qu’en apparence normal, demeure à surveiller de très près.

En quittant l’hôpital, ma prise de conscience était que WanWan n’a pas fini de se battre pour sa vie et moi, j’ai envie de l’accompagner sur sa voie, celle où elle découvrira les 8 trésors qui l’habitent et dont elle n’a pas encore conscience. Le premier, c’est la foi, croire à la force du qi (souffle de vie). Comme me l’a dit une bonne amie, qui agit comme guide spirituelle bouddiste dans ma vie : ‘Ce que le coeur pense se produit. Alors prie!’

Histoire à suivre…

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3 réflexions sur “WanWan, orpheline, et les 8 trésors de Chine

  1. ouffff, mon amie, je suis sans mots, les frissons parcours mon corps et les larmes coulent…Je pense à toi très fort et je t’accompagne au loin XXX

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