L’identité passe aussi par la nourriture qu’on mange


Repas d'affaires organisé par le gouvernement pour des artistes Chinois et étrangers

L’identité des personnes qui s’expatrient est dramatiquement remise en question dès leur arrivée en terre inconnue, je l’ai moi-même expérimenté en arrivant en Chine en 2008. On devient soudain personne, c’est-à-dire que tout ce qu’on a fait dans le passé et qui nous définit est effacé puisque personne n’en a été témoin. Toutes les preuves sont à faire et, jusqu’à un certain point, une nouvelle identité doit prendre forme, adaptée au nouvel environnement. C’est épeurant, on a peur de s’y perdre et le piège, c’est en effet de s’éloigner de soi. Étrangement, c’est un piège attirant puisqu’au fond, on s’expatrie pour expérimenter de nouvelles choses que ce soit la culture, faire de nouvelles rencontres, manger de la nourriture qu’on a jamais goûté auparavant. On s’expatrie aussi pour savoir de quoi on est capables vraiment, sans ses repères.

Nos repères, c’est quoi? La famille, les amis, notre routine de vie, nos accomplissements passés qui nous disent de quoi on est capables, et même la nourriture qu’on mange. Tout ça en terre étrangère est à refaire. Une étape à la fois. J’ai une amie d’enfance qui vient d’arriver à Londres pour un séjour de 6 mois, pour le travail. L’excitation du moment et la peur du vide se marient en trame de fond. Le désir de découvrir mais de se sentir à la fois en sécurité s’entrechoquent. Concrètement, cela crée de légères nausées, de l’insomnie, des maux de ventre, des palpitations, un poid sur la poitrine quand on respire. Avec toutes ces contraintes physiques, on doit se refaire une routine quotidienne, de nouveaux amis, trouver où s’approvisionner pour tout ce dont on a besoin, ajuster son mode de communication aux nouvelles normes de cet environnement encore inconnu. Mais pourquoi se soumettre à une telle corvée? Je dirais, par expérience, parce qu’on s’ennuie dans la facilité, parce qu’on se définit surtout par ce qu’on accomplit.

L’expatriation, c’est en quelque sorte un manière de se mettre au défi à tous les jours. Jusqu’ici, j’ai été aventurière sur tous les plans : j’ai rencontré des milliers de personnes de toute origine, tissé des liens avec une centaine d’entre eux, je me suis ouvert à la culture chinoise en apprenant la langue, en me faisant des amis. J’ai surmonté une grande peur, celle des grandes villes. J’ai accompli l’impossible avec mon exposition et ses retombées. Je me croyais libre de contraintes maintenant, une fois rendue en haut de la montagne. Mais ce n’est pas le cas. Comme sur la rivière, il n’y a que très peu de répis. Le temps de voir la ligne à prendre et hop, on enfile le prochain rapide. Ce défi, c’est me redéfinir en tant que personne avec de sérieuses restrictions alimentaires. Parmi tous les inconvénients que j’ai cités, j’ai vécu ces dernières années en ignorant à toutes fins utiles des problèmes reliés à la digestion. En Chine, mon rapport social est intimement lié à la nourriture. C’est un des seuls liens qui existe avec les inconnus que je rencontre: un bon repas ça fait du bien aux relations (les guanxi qu’on appelle)…Je travaille seule, comme artiste surtout et comme coach. À journée longue je peins, je développe mes outils de communication, je crée des formations, des cours, j’enseigne l’art, je coach, je reçois des clients, je visite d’autres artistes…dès qu’il y a du monde impliqué dans une de mes activités professionnelles, un repas s’impose! C’est comme ça qu’ici, j’en suis venue à me monter un réseau de plus de 200 personnes: en allant au restaurant, comme bien des gens.

Ceci est sur le point de changer car je n’ai pas le choix. J’ai découvert récemment que j’ai une forte intolérance au gluten et aux protéines apparentées que l’on retrouve dans certaines céréales (blé, seigle, orge, épeautre, avoine), de même qu’au soya et au maïs. Je me suis dit sur le coup: c’est pas possible? Je ne veux pas me définir par la nourriture que je peux ou ne peux pas manger, ni je n’ai envie de me priver de ces repas d’affaires ou entre amis.’ Je tiens à partager cette nouvelle donne sur mon blogue car en en parlant à des amis et à la famille récemment, je me suis rendu compte que je ne suis pas seule à vivre avec des symptômes disons très incommodants. Dans mon cas, c’est devenu extrême. La moindre déviation me cloue au lit.

Par contre,  je suis en train d’apprendre, au fil des jours, des rencontres et des amitiés, comment accepter et faire accepter cette nouvelle contrainte qui me définit, que je le veuille ou non. Les ‘non-merci’ aux craquelins, aux quiches, aux petites saucisses cocktails seront plus faciles à faire passer sans doute une fois que j’aurai moi-même accepté mon nouveau défi. Je suis en train de me faire à l’idée que je doive préalablement manger mon repas à la maison, avant d’aller ‘manger’ avec des copains ou des clients… ‘Va prendre juste un café, un thé alors’, je vous entends le dire. Eh bien non, ça fait partie de la loooongue liste des irritants auxquels je n’ai pas droit. Il me reste la tisane de roses, de chamomille et plein d’autres choses que je découvrirai avec le temps.

Qu’on soit en expatriation ou pas, les défis qui se présentent sur  notre route ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attendait. Comme coach, j’observe ma réaction en me disant qu’elle est humaine. C’est la résistance au changement. Changement dans chaque repas qui jalonne mes jours en Chine et ailleurs désormais. Le meilleur outil pour faire face à la résistance, c’est de la reconnaître et de lui être empathique. Ensuite ou en parallèle, j’irai voir dans mon sac à outils les forces qui me permettront de passer à travers ce changement et les gains que je peux acquérir si je réussis ce passage. Une action à la fois vers le but visé. C’est la devise du champion qui mange toute son assiette de légumes (et qui laisse les pâtes sur le côté) pour devenir grand! On est ce qu’on mange donc si on mange autre chose, on se transforme aussi.

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