Le droit de gagner


Je suis en compagnie de Katia Bourgault. Elle a sa première médaille (bronze) aux Championnats canadiens, moi j'ai les deux médailles d'or et un 9e titre de Championne canadienne en descente

Est-ce qu’on se donne dans la vie à tout moment le droit de gagner? Soyez honnêtes. Combien de fois avez-vous laissé les choses aller donnant ainsi l’avantage à d’autres personnes de prendre la place dont vous rêviez?

J’ai coursé dans ma vie pour aller chercher un top 10, voire même un top 20 et j’en suis fort fière, il n’y a pas de mal à cela. Qu’est-ce qui m’empêchait de courser pour la première place? Je réponds normalement à cela que je suis réaliste, que je prends en compte le niveau d’entraînement de mes adversaires, leurs moyens financiers pour se doter des meilleurs outils pour la réussite et que je n’ai pas le tiers de leurs ressources. C’est vrai. Disons qu’on peut observer ce phénomène dans le monde du cinéma, avec les films à grands budgets et les petits producteurs. Il y a toutefois des exceptions, comme Slum Dog Millionnaire par exemple. Alors, qu’est-ce qui permet à David contre Goliath de remporter la palme? Je pense qu’essentiellement, c’est le droit qu’on s’accorde de gagner, d’autres diront la foi en son propre talent.

La victoire est grisante, voire euphorisante et apporte son lot de reconnaissance, c’est pourquoi elle est tant prisée. Elle demande une grande capacité à rester en équilibre. Autrement, elle devient à mon sens une arme qui se retourne contre soi. Cette arme, je crois qu’on en est inconscients à l’origine et qu’on ne peut en devenir conscients que si on arrive à verbaliser ses propres craintes reliées à la victoire, quelles qu’elles soient.  Le discours du subconscient, lorsqu’on y porte attention, peut ressembler à quelque chose du genre: ‘si j’obtiens la position que je veux, est-ce que mes amis et ma famille vont encore m’aimer pour qui je suis? Est-ce que je vais perdre des gens que j’aime parce qu’ils seront jaloux de moi? Est-ce que ma réalité va changer au point de ne plus ressembler à qui je suis?’ Car disons-le, gagner, c’est être seul et premier.

En bref, le questionnement tourne autour de l’estime de soi et de la peur de perdre son identité. Mais il y a plus. Les croyances des autres viennent aussi limiter notre propre capacité à remporter la victoire. J’ai senti dans des coupes du monde les attentes des autres équipe face à leurs athlètes et les probabilités étaient partagées au grand jour prophétisant qui ‘devrait’ remporter la course. Surtout, que personne ne vienne déranger cet ordre! Je me suis limitée déjà dans ma performance à cause de cela je l’avoue, me rétrogradant moi-même, par des erreurs quelconques, à une position inférieure à ce dont j’étais réellement capable. Voici un autre exemple que je viens personnellement de vivre. J’ai annoncé ma retraite de la compétition il y a trois ans mais depuis, quelque chose me ramène dans ce monde que j’aime année après année me permettant de poursuivre mes apprentissages. En venant participer aux Championnats canadiens de kayak en eau vive, certains étaient surpris de me revoir: ‘tu n’avais pas pris ta retraite?’ ou encore ‘tu ne pagayes plus, comment tu vas faire pour descendre la rivière en kayak sans te planter’. J’ai aussi répondu souvent à celle-ci: ‘comment tu fais pour t’entraîner en Chine, t’as pas de kayak là-bas?’ Ces questions ou commentaires, tous légitimes, ont un effet sur le subconscient en induisant le doute. C’est systématique pour tout être humain, je n’y échappe pas. J’ai par contre, avec le temps, développé mes propres armes contre ce qui pourrait affecter ma confiance en moi et même mon estime personelle. Je me rappelle constamment une citations d’un philosophe (je crois que c’est Hertel) apprise dans un cours de philo au Cégep : ‘Nous sommes responsables de faire ce que l’on veut de ce que les autres ont fait (ou font) de nous’. C’est alors que me revient la responsabilité de prendre une décision pour moi-même. Je trace une limite, je définis mon territoire, celui où personne n’a accès. Ensuite, je définis une vision pour moi-même, en lien avec mes valeurs intrinsèques.

Je viens de remporter mon 9e Championnat canadien de kayak en eau vive et, pour être honnête, j’y suis arrivée parce que j’ai battu ma pire adversaire: moi-même. Elle est devenue ma meilleure coéquipière car je lui en ai fait bien humblement la demande. Ma plus proche compétitrice, pour ainsi dire, était une albertaine et a mis 4 secondes de plus que moi pour faire le parcours de 3 km de la course classique dans les rapides de la rivière Vedder. Au sprint,  j’ai fait 6 secondes plus vite qu’elle. Mais tout cela ne se dit qu’à postériori. Dans la tête d’un champion, ce qui se déroule au moment où les événements prennent place, c’est les croyances qu’on a imprégnées en soi et qui nous supportent dans toutes circonstances. Il faut une grande part d’humilité pour accepter la défaite potentielle, mais il faut une encore plus grande part de volonté pour mettre en oeuvre cette vision qu’on a de soi, sur le podium. Elle passe par toujours et encore, des actions très simples qui, mises bout à bout, mènent au résultat.

Je les ai partagées ces actions, avec une nouvelle venue qui a à mon avis beaucoup de potentiel en descente, Katia Bourgault (sur la photo). Je lui ai donné un bracelet en billes de bois pour lui rappeler des choses toutes simples que les champions font: être proactif, penché sur l’avant, à l’écoute de l’environnement et des opportunités d’accélération qu’il offre pour mener à bon port.

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5 réflexions sur “Le droit de gagner

  1. Bravo Stéfanie, excellent texte et BRAVO pour ta performance au championnat canadien – impressionnant!
    Ciao

    Philippe

  2. Ouah!!!! super performance …oh!! grande prêtresse de l’eau .. vive ou stagnante ..j’adhère complètement à ta philosophie .. car elle a été mon moteur durant tout ma carrière .. regardez devant ..suivre l’objectif final, et contre vents et marées … toujours plus fort toujours plus loin !! bravo pour ces médailles ..d’or !! Persévères et tiens bon la rampe .. ça te va si bien !! Bizzz

  3. Merci pour tout Stéfanie! Mon expérience au championnat canadien n’a pas de prix. J’ai appris beaucoup sur la rivière en ta compagnie. Tu m’as permis de trouver en moi la motivation dont j’avais besoin pour continuer… chose qui n’est pas facile quand on évolue seule dans une discipline. Tu es une artiste exceptionnelle sur toiles mais aussi sur la rivière. À bientôt xxx

  4. Chère Katia, aussi suprenant que cela puisse paraître, tu m’as toi aussi permis d’apprendre beaucoup. Je me suis revue en toi, à mes débuts en descente. Tu m’as fait prendre conscience du chemin que j’ai parcouru, de mes apprentissages qui sont maintenant des acquis. Je t’encourage de tout coeur à poursuivre en descente. Tu as le caractère et la détermination pour aller loin. Merci pour tes bons mots à mon égard.

    Merci chers amis pour vos félicitations. J’ai posté hier sur mon facebook une note sur ‘comment se fixer un objectif et l’atteindre’. http://www.facebook.com/#!/profile.php?id=624136964&sk=wall&v=wall

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