Le rêve devient réalité


À la mi-janvier 2008, j’ai dit à mon chum qu’un jour, j’aimerais ça exposer mes tableaux à Shanghai. On était alors bien assis à la table de la cuisine, dans notre maison au Lac-Delage. Presque trois ans plus tard, jour pour jour, ce rêve a reçu la confirmation qu’il allait se réaliser. En effet, aujourd’hui, j’ai reçu la visite de Lily, la propriétaire de la galerie KunArt, pour conclure l’entente de mon exposition qui aura lieu chez elle du 4 mars au 2 avril 2011. Pour la première fois de ma vie, je présenterai mes tableaux dans une galerie en Chine et pas n’importe laquelle, puisqu’elle est située dans le quartier le plus populaire des artistes à Shanghai: M50. Quand on dit ici qu’on exposera à M50, ou Moganshan lu, les gens font ‘oh, wow’. Mais c’est pas pour ça que je suis à cette galerie. Bien des étapes m’ont menées jusqu’ici et franchement, je ne pensais jamais que la route serait aussi ardue.

Autopsie d’un rêve
‘Pourquoi Shanghai’, me demande-t-on souvent? Difficile à dire…quand j’ai quitté mon emploi au gouvernement en 2008, j’ai fait ce qu’on appelle un plan de vie. Merci à une collègue du Cercle d’affaires des Bleuets qui m’a offert cet exercice extraordinaire, un outil pour éclaircir la vision de notre plan de vie idéal. Sans contraintes aucune, j’ai été invitée à inscrire absolument tout ce qui me passait par la tête et que je voulais accomplir dans ma vie. Comme si, dans une urgence de vivre, il fallait passer à travers une liste enfouie tout au fond de soi. Sur un grand carton 80X60cm, j’ai écrit le titre : ‘Artiste commerciale internationale’. Ensuite, j’ai fait trois colones. La première, c’était pour inscrire toutes ces choses que je dois absolument faire pour correspondre au titre que j’avais choisi. La deuxième, servait à écrire en points de forme comment y arriver. La troisième, c’était en fait le comment du comment, soit les petites étapes qui mènent au grand objectif. Parmi les choses que je voulais absolument faire, j’ai commencé par écrire ‘vendre des toiles’…ensuite, ‘vendre des produits dérivés de mes toiles’…’produire un DVD et un livre’…puis, au fur et à mesure que je me posais la question : qu’est-ce qui est essentiel pour moi d’accomplir comme artiste, je trouvais des choses qui me paraissaient à prime abord un peu farfelues, comme ‘Exposer mes toiles à Shanghai’. En écrivant cela, je me suis surpris en me demandant d’où ça pouvait bien sortir cette idée. Pourquoi Shanghai? C’est simple que j’ai pensé, c’est à l’autre bout du monde, ce sera mon Everest. Honnêtement, j’ai bien cru que ce serait à la fin de ma carrière que j’irais là-bas accomplir ce rêve. Mais le destin a été provoqué, et les portes se sont ouvertes bien avant ma retraite!

Un Everest, vraiment? Pas certaine. Je le saurai peut-être une fois rendue à la fin de ma vie. Mais je peux dire par contre qu’entre le moment où j’ai partagé cette idée avec mon conjoint et le moment où nos boîtes étaient faites et qu’on déménageait en Chine, ça été le Tsunami. Dans le sens que toute ta vie est chamboulée quand tu décides de quitter tes acquis pour aller bâtir ailleurs…et, je l’ai su par après, te rebâtir aussi. Car c’est littéralement ce que la Chine m’a offert comme opportunité. Elle m’a confrontée, m’a fait sentir réduite à ma plus simple expression dans son immensité et souvent même, elle m’a vue comme une enfant perdue ici, qui bûche pour avancer en vain parfois. Le temps. Rien de plus que le temps. C’est ce qu’il fallait, garder le cap tout le long et agir, lentement mais sûrement.

J’aurais pu, dès en arrivant, me pointer tableaux sous le bras dans des galeries chinoises à Moganshan. Mais mon instinct de kayakiste, oui-oui, mon instinct d’eau vive, me disait de prendre mon temps pour observer le courant et voir sa force, sa direction, ses obstacles et ses opportunité. Quand je suis arrivée en Chine, plus précisément à Shanghai le 10 décembre 2011, personne ne m’attendait. Ce que j’avais à offrir était inconnu, voir non désiré:  des tableaux de la nature ‘canayenne’! Non mais, il faut voir les choses en face. Je ne pouvais pas le dire publiquement car, honnêtement, si on se présente défaitiste en partant, qui croira en soi? J’ai fait mes devoirs. Je suis passée par toute la gamme des émotions de l’expatriation, découvrant comme on dit ici Shang ‘high’ et Shang ‘low’; j’ai fait mon étude de marché, ma recherche et mon développement de produit (on parle de tableaux ici) qui allait répondre aux besoins des clients potentiels, soit les Chinois et les expatriés. Car ces deux mondes co-habitent littéralement ici. Dans le tourbillon de l’adaptation à une nouvelle culture et les voyages pour découvrir le monde, j’ai poursuivi la compétition de kayak tant bien que mal…mais surtout pour mon plus grand bien physique et mental.

Je n’ai pas exposé dans aucune galerie depuis deux ans et je n’ai pas cogné aux portes pour une raison simple: j’ai tenu à développer de bonnes guanxi (les fameuses ‘relations’ en chinois). J’ai établi, parmi tous mes objectifs, non seulement l’issue (qui est dans ce cas-ci d’accrocher des tableaux sur les murs d’une galerie pour les vendre) mais aussi les sensations que je voulais retrouver. Parmi celles-ci, la coopération, le respect, leplaisir, le sens du projet commun. En d’autres mots, je ne me cherchais pas une place pour accrocher mes tableaux (je m’en suis fait proposer plusieurs) mais plutôt une personne avec qui je pourrais établir une relation de confiance, avoir une vision commune, une personne qui prendrait un réel plaisir à comprendre mon art et à le promouvoir. Bref, une relation d’affaires VRAIE.

J’ai donc trouvé Lily par l’entremise de mon amie Lee Ting, une femme pétillante et sage comme Bouddha. Il n’y a pas à dire, pour la sagesse, elles se ressemblent. Dès la première rencontre, en octobre 2010, Lily a senti dans mes tableaux ce que je ne dis pas mais qui m’habite lorsque je peins. J’ai pris mon temps avant de dire à mon entourage qu’elle m’a offert sur le champ d’exposer à sa galerie au printemps 2011. Car j’avais besoin de sentir encore plus fort l’intention, la sienne, tout comme la mienne. Nous sommes allées dîner ensemble en novembre, elle est revenue chez moi en décembre. D’une fois à l’autre, on allait un peu plus loin dans nos discussions d’affaires, mais tout était davantage axé sur la relation humaine. Quand elle m’a dit qu’elle reviendrait en janvier choisir les tableaux pour l’exposition, j’avais hâte et à la fois, je me gardais une réserve au cas où, pour une raison ou une autre, le projet tombe à l’eau. Pourtant, j’étais prête. En fait, pour être honnête, j’étais en feu! Mon studio a été sans dessus dessous pendant une semaine, soit entre le moment qu’elle m’a dit qu’elle viendrait et aujourd’hui, quelques heures avant qu’elle n’arrive chez moi. J’ai pendant une semaine trié mes tableaux, je les ai regroupés par thèmes, par couleur, par grandeur. J’ai fait une présélection que j’ai mis à l’écart, j’en ai fait encadrer quelques uns, j’en ai produit d’autres parce qu’avec un peu d’élan j’arrive à faire des miles et des miles.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, lors de sa visite, Lily est venue choisir une vingtaine de tableaux avec Yantao, son partenaire d’affaires. Dans une ambiance relax, on a parlé de choses et d’autres, de ma chienne, de ma chatonne qui tournaient autour sans trop savoir ce qu’on faisait. Avec un petit thé au gingembre, la musique d’Arcade Fire qui jouait en arrière fond, je regardais Lily et Yantao choisir les oeuvres et participais à la conversation au besoin en chinois ou en anglais et eux faisaient de même. J’étais là. Enfin, rendue là. C’est étrange comme ce moment crucial est ressenti. À chaque fois que ça m’est arrivé, dans d’autres contextes, j’ai ce feeling étrange. Vous savez, je me suis préparée pendant des mois, tout comme je l’ai fait à de nombreuses reprises dans ma vie d’athlète, pour passer cette étape charnière. Celle qui fait que le show entre en scène ou pas. C’est comme si ça devenait ‘normal’ dans un certain sens. Comme si je pouvais prendre cela pour acquis en me disant ‘ben oui, y’a rien là’. Mais non, je tenais à me rappeler, tout au long de leur visite, que y’a pas rien là! J’en ai fait des tableaux pour arriver à me sentir confiante de ce que j’offre à l’acheteur potentiel. Et puis, devinez quoi? Mes paysages canadiens feront partie de l’exposition, contr toute attente! On m’a dit ici que ça n’intéresserait personne et j’y ai cru un moment, jusqu’à ce que je les ressorte du garde-robe pour les montrer à mes visiteurs. Faudra voir la réaction du public dans quelques semaines… tout comme mes tableaux contemporains et abstraits, représentant la Chine, ils seront exposés.

En discutant avec Lily après que les choix aient été faits, on a établi dans un brainstorm excitant le nom de mon expo: la glace et le feu (Bīng yu huǒ). La glace, c’est celle de mon pays et ces paysages enneigés que j’ai tant aimé peindre. Le feu, c’est celui qui s’est allumé en moi en arrivant ici. C’est l’énergie de Shanghai, frétillante comme le magma d’un volcan. Ainsi, voici l’oeuvre maîtresse de mon exposition: Femme de feu.

Publicités

4 réflexions sur “Le rêve devient réalité

  1. J’ai vécu des expériences (semblable) au Pérou, en France et au Sénégal!
    J’aimerais le vivre maintenant peut-être au Vietnam…moi j’aime faire des usines PMEntreprise!

  2. Bravo Stéphanie …tes oeuvres superbes méritent une exposition dans ce lieu stratégique … je te souhaite une bonne insertion dans le milieu .. beaucoup de visiteurs et d’acheteurs pour te permettre de poursuivre sereinement ton chemin!!!
    Tiens …en plus de livre .. DVD .. accessible aux Francophones ce serait bien … fais signe pour la souscription …et.tu devrais aussi écrire ..un livre … » autopsie d’un parcours sans faille  » Je t’embrasse .. te félicite…. et à bientôt pour l’acte trois scène trois …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s