Coupes du monde en Tasmanie—La quête intérieure



TasmanianDevil_closeupJ’ai vu pour la première fois de ma vie des kangourous, des wallabys, des wombats, et bien entendu, le fameux démon de Tasmanie, une vraie petite terreur mais tout de même adorable. Je partage avec vous les images que j’ai prises de ces rencontres (voir l’album photo tout en bas du texte). Je vous offre aussi une vision différente de la compétition, vue de l’intérieur, qui je l’espère, vous apportera quelque chose d’utile dans votre quotidien.

Comment incarner mon personnage

De Shanghai à la Tasmanie, au fin fond des bois, il y a tout un univers. Il y a tellement d’espace ici et à la fois, à l’intérieur de moi il y en a peu. Beaucoup de questions qui allaient trouver leurs réponses au fil des compétitions : comment la navigation avec mon nouveau kayak va se ressentir, à quoi ressemblent les rivières ici, comment sont les autres compétitrices, comment être vite? Par où commencer? Première étape, faire un avec l’eau. Comme le chanteur d’opéra qui cherche à reproduire la note parfaite, je poursuis ma quête de l’excellence. Dans mon élément, sur la rivière, je réalise que je suis en harmonie avec moi-même tellement plus facilement qu’en ville. Lorsque le décor autour s’installe, que les athlètes des autres pays prennent place eux aussi dans leur kayak et qu’il y a une personne qui tient l’arrière de mon bateau d’une main, le chrono de l’autre, étrangement, rien n’est plus pareil et tout l’est aussi à la fois. Ça dépend de la perspective que je choisis d’avoir. Est-ce que je fais une Coupe du monde ou si je descend une rivière? C’est deux choses tout à fait différentes. La première implique un enjeu, la deuxième interpelle le jeu.

WWCcataPr_0072Mon sentiment, lorsque je m’arrête et que je pense que je suis en train de faire une Coupe du monde de kayak, c’est de me dire : « J’ai pas d’affaire ici, j’suis une artiste! » L’imposteur prend possession de moi et dans le temps de le dire, le saboteur s’en mêle. Soudain, je ne suis plus capable de ressentir quoi que ce soit en terme de sensations sur la rivière : plaisir, glisse, vitesse, etc. Je le connais bien cet imposteur, il s’est pointé pour la première fois à la première compétition que j’ai faite, à l’âge de 22 ans. « T’as pas d’affaires dans le monde de la compétition » qu’on m’a dit à plus d’une reprise, « T’es trop vieille ». Le discours extérieur est vicieusement devenu le discours intérieur. Je l’ai épuré jusqu’à l’os, pendant douze ans, m’offrant plusieurs rencontres en tête à tête avec l’imposteur. Je savais donc à qui j’aurais affaire intérieurement en venant ici.

Ma meilleure arme contre celui-ci, c’est la réponse à la question « Pourquoi je fais du kayak? » La réponse est simple. Je ne fais pas du kayak pour accrocher sur mes murs des médailles. Je fais du kayak pour entrer en contact avec moi sur la rivière. La compétition augmente le niveau de défi, comme le danger. Je suis cohérente avec moi-même, dans le sport comme dans l’art parce que je ne fais pas des toiles pour avoir de belles décorations sur mes murs. Je fais des toiles parce que j’ai besoin de communiquer avec moi et les autres. En bout de ligne, c’est vrai que les cadres et les médailles se retrouvent sur les murs, mais vraiment, leur présence n’est qu’un icône représentant tout un univers qui s’est déployé pour en arriver là.

Ce qui est dommage, c’est de s’arrêter seulement qu’à l’icône. Entrer dans l’aventure, ça veut dire s’abandonner au moment présent, envoyer au rencart le mental qui ne fait que perdre les pédales en s’accrochant au passé ou au futur, ou encore à ce que les autres ont pensé ou penseront…

J’ai vécu ces coupes du monde de la manière la plus humaine qui soit. J’ai commencé par ne penser qu’aux positions, mon mental qui m’imposait toutes sortes de conditions : la peur de chavirer, la peur de ne pas être capable de tenir ma pagaie, la peur de gagner même! J’ai matérialisé certaines de ces peurs. Oui, j’ai nagé en pratique, oui, j’ai échappé ma pagaie une fois…je me suis fâchée contre moi, j’ai ragé contre mon saboteur qui voulait m’enlever le droit d’être au meilleur de moi.

C’est d’une course à l’autre, en connaissant mon mode d’emploi en situation de compétition, que j’ai réussi à remonter la pente. Ça s’adonne que ce que j’ai vécu intérieurement s’est reflété dans les résultats. Je suis passée de la 17e à la 15e à la 12e et à la 5e place.

Le sentiment de fierté, je le ressens maintenant que j’ai descendu la Ouse. Parce que plus de la moitié des compétitrices ont décidé de ne pas la faire, en raison du niveau de difficulté qui était trop élevé (lire dangeureux). Je ressens aussi de la fierté parce qu’en compétition, je l’ai fait en trente minutes et des poussières, soit quatre minutes plus vite que mon meilleur temps en pratique et qu’on avait seulement qu’une journée d’entraînement disponible sur cette rivière (donc pour l’apprendre en entier). Le temps, je ne le contrôle pas. Les minutes filent et moi, je suis occupée à faire autre chose. À ressentir la rivière, à attrapper la prochaine vague. Ma meilleure perspective pour contourner l’imposteur et son alter ego le saboteur, a été de me dire : chaque vague est une opportunité. Je les prends une à la fois. Je saisis les opportunités de vivre une sensation, du plaisir, une à la fois. Le plaisir, celui de glisser, d’être libre, de connecter avec la nature se déploie à chaque opportunité saisie. Je trippe, juste à y repenser. C’est ça qui compte. Une 5e place sans ces sensations, ou même un podium, non merci. Je ne suis pas un robot qui descend les rivières. J’ai le privilège de pouvoir me placer dans cette situation d’apprentissage, qui s’appelle le circuit de la Coupe du monde. Ma performance, elle est intérieure, à cause de tout ce que je viens de décrire. Elle est extérieure aussi, parce que mon corps accepte de suivre et de me donner des sensations. Le reste, c’est un décor, une mise en situation, toute une mise en scène pour rappeler à mon esprit que la vie, c’est comme au cinéma. Plus on vibre intensément en jouant le rôle qu’on s’est donnés, plus on récolte de satisfaction du devoir accompli. Cette sensation que je vis me fait dire que je suis au bon moment, au bon endroit et qui plus est, il y a une source inestimable de messages et d’apprentissages pour moi ici.

La fin des Coupes du monde

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Je descends le parcours de la course TEVA Cataract Gorge extreme, pur plaisir!

Quand j’ai vu le parcours de la dernière Coupe du monde, j’étais emballée. Quand j’ai su où commençait le parcours, sur le bout de rivière que je pensais descendre au complet, j’ai été déçue. Ma dernière Coupe du monde n’a pas été la meilleure. Par contre, le lendemain, j’ai participé à une compétition extrême en kayak de plastic, la Cataract Extreme Race. Des rapides de classe 3-4-5 en continu, de la grosse eau vive comme je l’aime! Je me suis payé la traite comme on dit! J’ai fini 2e derrière deux hommes Autraliens à la première course et 2e dans une autre course chez les femmes. Les deux trophées que je rapporte me rappelleront que je suis une fille d’eau vive, et non d’eau calme!

Album photo

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WombatWallabyKangourous

Mon retour en Chine

À compter de maintenant, il me reste un an à faire en Chine. C’est le début du dernier chapitre. La date de mon exposition en Chine sortira bientôt. Le contenu est en pleine production. Attendez-vous à rien de ce que vous aurez vu auparavant. J’ai illustré depuis les dernières années l’harmonie que l’homme peut trouver dans la nature. En Chine, j’illustre la quête intérieure. Celle qui mène à l’harmonie. Il y aura une constante avec mes toiles précédentes, car mon langage demeure le même : la lumière. C’est par la lumière que la vie renaît, c’est à la lumière d’une information qu’on éclaircit une situation et c’est sous les feux des projecteurs qu’on performe. Je n’en dis pas plus. Ce sera pour moi même une surprise. J’ai confiance. Je suis le courant, une vague à la fois. Encore une fois, je ne contrôle pas le temps, mais bien les sensations que j’ai à faire intensément ce que j’aime. Je m’accorde pleinement ce droit. Et vous?

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