Jet Li au bon moment


 

L'acteur Jet Li en compagnie d'un représentant de Touch Media
L'acteur Jet Li en compagnie d'un représentant de Touch Media

« Je souhaite de tout mon cœur marier un homme comme vous M. Li » a dit la jeune femme, la voix chevrotante, retenant ses émotions du mieux qu’elle pouvait, devant la trentaine de journalistes et quelques centaines de spectateurs, dont j’étais.

 

 

 

Elle s’es agrippée au micro en le tenant à deux mains. Son témoignage n’a duré que quelques minutes, mais ce furent des minutes pénibles. Pour elle d’abord, parce que visiblement elle avait attendu ce moment toute sa vie et pour nous, parce que nous n’étions pas préparés à cela.

Je faisais partie des invités VIP à la conférence de presse qui a eu lieu le 30 mars dernier, visant à dévoiler les œuvres de bienfaisance de Jet Li One Foundation. À mon corps défandant, je vous rassure que non, je ne suis pas journaliste. Je ne suis que la nouvelle copine d’une canadienne d’origine vietnamienne établie à Shanghaï depuis dix ans, qui parle courramment chinois, qui est artiste peintre aquarelliste et qui a travaille dans le monde des communications, plus précisément pour Touch Media. On a un petit peu de points en commun, admettons, mis à part la maîtrise du mandarin, bien entendu.

Toujours est-il que Nancy m’a invitée à « sa conférence de presse » pour me permettre de rencontrer du nouveau monde et la voir en action. Elle m’a aussi dit que Tony, un artiste Néo-Zélandais avec qui elle m’avait mis en contact déjà, serait là. Alors j’ai appelé Tony et on s’est rendus à la conférence de presse ensemble. Elle avait lieu dans le mail central d’un immense centre d’achat, sur Xujiahui (sutchiawhoué). Nancy nous avait réservé les plus beaux sièges, à l’avant. Comme on est arrivés juste à temps avant le début de la présentation, on a dû traverser la foule qui faisait la file et qui longeait les cordons de sécurité. On ne savait pas tellement à quoi s’attendre. On avait retenu de l’invitation qu’il s’agirait d’un dévoilement d’œuvres et que Jet Li était impliqué. Mais allait-il vraiment être présent, on en doutait fort.

On a en effet vu le dévoilement d’œuvres, si on peut dire, qui étaient des timbres portant des thèmes spécifiques : l’éducation, la pauvreté, la santé, l’environnement et les désastres naturels. Le but de ces timbres, tel qu’on nous l’a présenté alternativement en anglais et en mandarin, est d’amasser des fonds qui seront remis à la fondation créée par Jet Li, aussi embassadeur de la Red Cross Society of China.

Une fois les timbres dévoilés, mesdames et messieurs, le clou du spectacle est arrivé. Jet Li en personne, est monté sur scène! Tony et moi on s’est regardés, incrédules. Pour ceux qui ne savent pas qui est Jet Li, dites-vous qu’il y a trois Chinois qui sont connus dans le monde du cinéma : Jet Li, Jackie Chan et Lucy Liu. Voir Jet Li en personne pour un Chinois, c’est comme voir Arnold Schwarzenegger pour un États-Unien. Une personne très empathique je dois dire, beaucoup de charisme et un talent de communicateur certain (Jet Li, on s’entend).

Rendus à la période de questions, les journalistes et les photographes étaient excités et se ruaient pour avoir leur minute de gloire ou leur cliché fétiche. Quand soudain, une intruse s’est immiscée, l’air de rien. Son début de question s’est transformé en affirmation, puis en aveu, pour finir littéralement en confidence. Le malaise était palpable. Aussi bon acteur que Jet Li puisse l’être, ou que tout autre acteur puis l’être par ailleurs, je ne pense pas que quiconque aurait été en mesure d’acter l’émotion contenue dans cette jeune femme, qui s’est dite célibataire à trente-quatre ans parce qu’elle n’a encore rencontré personne comme lui, son idole.  Sa voix tremblottait, on entendait à travers celle-ci des mots et des pleurs, même s’il n’y avait pas de pleurs. Son débit a ralenti, son souffle est devenu court, sa voix presqu’imperceptible, son regard vitreux.

On lui a à ce moment enlevé le micro de force, gentiment, parce qu’elle s’y était accrochée fermement. C’était comme si elle s’accrochait à son rêve devenu éphémère. J’ai senti de la compassion pour elle et je l’ai trouvée fort courageuse de se tenir debout ainsi. J’ai l’impression qu’elle s’est soulagée devant nous d’un fardeau. Jet li a été galant à son égard. Je n’ai pas compris ce qu’il lui a répondu en mots, mais son ton et son regard étaient compatissants. Il y a eu un moment de silence avant de poursuivre. Chose rare en Chine!

En revenant chez moi, une fois sortie du métro, j’ai attendu le feu vert pour traverser la rue. Un type s’est approché de moi sur le trottoir. J’ai remarqué du coin de l’oeil qu’il m’a souri. Un inconnu sympathique, ai-je pensé. Ah! Expat en plus sans doute; il n’a rien d’un Chinois. Puis, profitant du moment d’attente à mes côtés, il m’a dit en anglais :

« Vous habitez dans le coin? »

« Oui, pas très loin, et vous? »

« Pas très loin non plus », puis il s’est empressé d’ajouter, en s’approchant de mon oreille droite : « C’est agréable de pouvoir vous parler!»

Cette phrase a sonné comme un non sens dans ma tête et j’ai dû avoir la mimique d’une fille qui ne comprends pas tellement de quoi il me parlait.

Il a alors rapidement ajouté, en souriant gentiment : « Je vous vois presque à tous les jours à ce coin de rue. »

« Vraiment? » ai-je répondu, sceptique, peut-être même incrédule.

Je ne l’avais jamais vu avant et pourtant, je reconnais mon monde : la fille qui vent des montres et des sacs à mains qui sont des copies de grandes marques (elle et moi on se salue maintenant, elle ne me traite plus comme ses clients potentiels à qui elle dit invariablement « Hello! Hello! Watch, bag! Lookalook! »); le rapiesseur de pantalons qui travaille assis sur un banc trop petit pour lui, sur le trottoir; la maman qui revient de l’école avec son fils obèse qui mange toujours une cochonnerie achetée dans les petits stand à fritures qui donnent sur la rue, la vieille madame bossue, qui porte toujours le même pyjamas à trois heure de l’après-midi…tous des Chinois. Mais lui, il ne me disait rien. Alors, pour ne pas avoir l’air d’une snob, je me suis reprise en lui disant que Shanghaï, même si c’est une ville immense, ça peut parfois prendre les airs d’un village. Ce à quoi il a répondu qu’en effet, c’est comme un village parfois.

Il a alors ajouté : « C’est drôle qu’aujourd’hui, je veux dire, c’est drôle que je vous parle pour la première fois aujourd’hui. »

Je pense que je suis restée bouche bée. La lumière est devenue verte. Il s’est empressé de me souhaiter une bonne journée et il a filé devant moi, je l’ai perdu de vue entre les nombreux piétons.

J’espère que je ne l’ai pas insulté, encore moins blessé. Je trouvais étrange le fait que, pendant que je repensais à cette jeune femme qui avait tant attendu LE moment pour parler à Jet Li, un inconnu me dise que depuis que je passe par là, il avait envie de me parler. Comme s’il avait lui aussi attendu le bon moment. Drôle de coïncidence, ne trouvez-vous pas?

En y repensant, j’ai compris quelque chose de crucial : qu’est-ce que j’attends, pour aller à la rencontre d’artistes chinois? Qu’est-ce que j’attends pour sortir et vendre mes produits dérivés, mes toiles? Le bon moment, c’est ici, maintenant.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s