Allons droit au sujet: j’ai la vie professionnelle dont j’ai rêvée. C’est vrai! Je reviens de la foire d’art internationale d’Hong Kong, je travaille de près avec une galerie chinoise, je vends mes tableaux à des clients de toute origine, j’enseigne mon art aux États-Unis et en Chine. Cette structure, que j’ai mise en place depuis 5 ans, commence maintenant à porter fruits.
Récemment, une artiste française est venue chez moi pour me demander par où commencer pour exposer à Shanghai. ‘Ah, si seulement je pouvais te faire un copié-collé’ que je lui ai dit. J’aurais tant aimé, à mon arrivée ici, avoir quelqu’un qui me lègue son siège et me donne toutes les clés en mains pour avoir ce que j’ai aujourd’hui. L’avantage qu’a cette personne, c’est d’avoir quelqu’un comme moi dans son entourage. Je le dis sans vanité. Je suis ainsi faite: j’aide les gens à trouver leur voie. C’est dans ma nature. Et, pour y arriver, on dirait que je choisis constamment de trouver la mienne sans guide, à la dure. Le grand besoin d’autonomie qui m’anime dans toute exploration, est soutenu par la peur de me réveiller un jour en me disant: et si telle ou telle personne n’avais pas été là, est-ce que j’y serais arrivée quand même?
C’est étrange puisqu’en bout de ligne, on a tous besoin des uns et des autres. J’aurais tant aimé, en arrivant en Chine, tomber dans un genre de Star Académie de l’art où toutes les réponses sont déjà trouvées et dans lequel le seul focus peut être mis sur le développement de mon talent. Mais la vie d’artiste, c’est pas ça. Une vie d’artiste, c’est un dosage raffiné de talent, de marketing, de contact et d’authenticité, avec beaucoup, beaucoup de persévérance. Je découvre de plus en plus ce monde, auquel je m’identifie, en m’apercevant que j’y ai toujours appartenu sans le savoir. L’idée, c’est de développer son propre modèle de réussite. Quand j’étais enfant, je vendais mes dessins entre 0,25$ et 1$. Quand je me suis apperçue que des gens voulaient payer pour acheter des dessins sans couleur, j’ai augmenté mes prix pour que les dessins ‘coloriés’ se vendent 2$. J’avais moins de dix ans. Dans les rencontres de famille, je dessinais, j’apportais mes cahiers, je montrais mes dessins. Ça peut sembler anodin de voir des enfants dessiner, de les complimenter pour leur expressivité. En réalité, il peut y avoir là un potentiel d’entrepreneur qui se dessine, si l’enfant est prêt à laisser aller ses dessins et qu’un adulte avisé donne en retour quelques pièces de monnaie. Après, à 14 ans, j’ai eu mon premier contrat de tableaux pour une compagnie d’assurances. Six tableaux représentant ma région. Si je me souviens bien, j’avais vendu ces créations pour moins de 300$. Je n’étais même pas consciente alors que je serais un jour une artiste professionnelle. Je ne faisais que ce qui me paraissait normal de faire. Je n’avais aucun modèle sur qui m’inspirer. C’était mon coeur qui me dictait la voie.
Plus tard, à l’adolescence, mon talent a servi à mettre en valeur l’album des finissants de ma polyvalente, à donner des cadeaux uniques à mes proches. Il a aussi servi, et c’est très important de le mentionner, à me représenter mon monde intérieur en changement. Des images parfois sombres, ou vides. Toujours très symboliques: une femme qui marche dans le vent qui la pousse, un rocher au bord de l’eau sous le coucher du soleil, une planète embrassée par un voilier. Je créais petit à petit mon futur, tout en quittant le monde de l’enfance. J’ai un jour décidé que l’art, c’était si facile pour moi que je pourrais toujours y revenir plus tard. Alors j’ai cessé de peindre, de dessiner…voire même d’écrire. Car à une certaine époque, entre la 6e année et le secondaire 2 ou 3, j’écrivais des poèmes. Merci à mon professeur Solanges Vien qui nous avait convertis, bande de petits ignards en poètes apprentis à l’école des Quatre-Vents. Elle nous traitait en adultes et prenait pour acquis qu’on devait savoir ces choses que les adultes savent d’ores et déjà. Enfin, c’est une autre histoire. J’ai abandonné le dessin, l’art et une partie de moi.
Je n’y suis revenue qu’en 2002, en tombant sur un livre qui a changé ma vie. Celui de mon mentor à l’aquarelle, Roland Roycraft. Puis, il y a eu cette rencontre mythique avec Jean-Paul Lapointe, un artiste très connu dans ma région, voir ma province ou même mon pays. Ce fut le début de ma voie professionnelle, en 2004. Quelqu’un m’aurait dit que j’exposerais mes oeuvres et les vendrait à l’étranger et que je serais reconnue comme artiste (quoi que bien modestement), je n’en aurait pas cru un mot. Pourquoi? Parce que pour moi, l’art, ce n’était pas un vrai travail. Je peux vous dire aujourd’hui que c’est plus qu’un travail, être artiste, c’est un art. Arriver à combiner des notions entrepreneuriales, de marketing, de communication, de gestion d’image, tout en étant créatif, en ayant une connection particulière avec un talent bien ancré sans se faire déjouer par la critique, tout cela sans parler de l’aspect technique qu’on doit développer en leader….oui, c’est un art et c’est beaucoup beaucoup de travail, on ne compte pas les heures.
Maintenant, je profite de cet élan pour me lancer un nouveau défi: celui de vivre non seulement de mon art mais aussi de ma créativité, à Shanghai. On verra bien comment le nouvel échiquier se mettra en place.
